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Rêve brisé : Cagla "DÉBOUSSOLÉE" par la logique de la 2e session de l'examen d'entrée de médecine

 
 

Un rêve qui ne se réalise pas. Recalée deux années de suite à l'examen d'entrée, Cagla devra attendre 4 ans avant de pouvoir retenter sa chance. Elle s'estime victime d'un principe injuste qui veut que, lors de la 2e session, l'étudiant est obligé de repasser toutes les épreuves, même celles réussies en première session.

Seulement 0,44 point ont manqué à Cagla pour réaliser son rêve de commencer des études de médecine. Cette habitante de Quaregnon dans le Hainaut dénonce le système de sélection via notre bouton orange Alertez-nous. L'étudiante de 19 ans s'est présentée aux deux sessions de l'examen d'entrée cette année. Lors de sa première tentative en juillet, ses résultats dans les épreuves de maths et d'empathie ne lui ont pas permis d'être admise. Des épreuves qu'elle a par contre réussies en septembre lors de la seconde session. Mais cette fois, elle a raté l'épreuve de raisonnement.

Cagla a donc réussi l'ensemble des épreuves de l'examen d'entrée en études de médecine la même année, mais sur deux sessions différentes.

L'ARES (Académie de recherche et d'enseignement supérieur), organisatrice du concours, précise les modalités sur son site : l'examen d'entrée est divisé en deux parties sous forme de questions à choix multiples. Chacune des deux parties comporte quatre épreuves. Pour être admis le candidat doit obtenir au moins 8/20 à chacune des 8 matières et 10/20 de moyenne sur les deux parties. Mais les cotes de première session ne sont pas reportées dans la seconde. Si vous devez passer une deuxième session parce que vous avez raté une matière, vous devrez aussi repasser celles que vous avez réussies lors de la première session. Cagla trouve ce fonctionnement injuste et argumente : "Si une personne est capable de réussir une matière, elle devrait en être dispensée. A quoi bon repasser toutes les matières à chaque fois avec ce risque de négliger un peu la matière réussie la première fois pour pouvoir se concentrer sur la ou les matières ratées."

Proposer une chance supplémentaire, pas faciliter l'examen

L'administrateur de l'ARES Julien Nicaise justifie le règlement : "Ce sont deux sessions indépendantes, les candidats doivent donc réussir l'examen dans son intégralité. La deuxième session a été instaurée en 2017 pour proposer une chance supplémentaire aux étudiants d'intégrer l'année suivante mais elle ne consiste pas à rendre l'examen en lui-même plus accessible."

"Cet examen est un coup de chance"

La nature des épreuves est largement discutée. La première partie de l'examen repose sur la connaissance et la compréhension des matières scientifiques. Les étudiants sont testés en chimie, biologie, physique et mathématiques. La seconde partie évalue les capacités d'adaptation, de communication ou même d'empathie. "Ce sont des matières qui ne se révisent pas, ça se joue à l'instinct, estime Cagla à propos de la deuxième partie. Il faut se rendre à l'évidence : cet examen ne définit pas les capacités d'une personne à être un bon ou mauvais médecin."

La jeune femme en veut pour preuve ses résultats universitaires. Déjà recalée à l'examen de médecine l'an passé, elle avait entrepris de suivre une première année de bachelier en sciences pharmaceutiques "pour rester dans le rythme scolaire et valider des cours communs à la médecine avant de repasser le concours l'année suivante." Avec des notes très satisfaisantes dans les matières communes au parcours de médecine, Cagla en est persuadée :

"C'est vraiment un coup de chance cet examen, et c'est ça qui me révolte."

Un examen controversé

Plusieurs organismes partagent des doutes sur le concours. Selon Basile Sellam, président du Comité InterUniversitaire des Étudiants en Médecine (CIUM), "on ne sélectionne pas les meilleurs médecins en se basant uniquement sur les sciences." Il juge inadaptées les épreuves basées sur le relationnel : "L'aspect humain de la médecine n'est pas suffisamment pris en compte dans l'examen d'entrée car on ne peut pas tester l'empathie via des QCM."

La maturité, l'empathie, la capacité de réagir face à une situation critique sont des éléments qui doivent être enseignés en cours de formation selon l'Association Belge des Syndicats Médicaux (ABSyM). Son président d'honneur Jacques de Toeuf trouve illogique de tester les étudiants sur ces aspects lors de l'examen d'entrée en début de cursus. "Les capacités de mémoriser les matières et d'avoir un bon raisonnement doivent être privilégiées", ajoute-t-il.

L'examen reste toutefois le mode de sélection le plus humain d'après Basile Sellam car il suffit de le réussir pour accéder aux études. Si ses notes sont suffisantes, l'étudiant est admis. Il n'est pas soumis à une sélection en comparaison avec les résultats de la cohorte. Cette sélection peut seulement avoir lieu parmi les non-résidents en Belgique. Si plus de 30% de ces candidats réussissent les tests, seuls les meilleurs peuvent suivre le cursus de médecine ou de dentisterie à la rentrée.

Tout un système en question

Concernant le report des notes d'une session à l'autre, le CIUM et l'ABSyM partagent le même avis : une matière validée devrait être acquise pour l'année académique. C'est le cas dans d'autres parcours comme polytechnique par exemple. Mais contrairement aux médecins, le nombre d'ingénieurs n'est pas soumis à des quotas annuels. Un problème selon le comité des étudiants.

Avec un report de note, le nombre d'étudiants admis risque d'être supérieur aux quotas de numéros Inami attribués chaque année (numéro délivré par l'Institut national assurance maladie-invalidité, indispensable à la pratique de la médecine et de la dentisterie). Or, le CIUM souhaite absolument éviter une seconde sélection en cours de cursus, jugée injuste après plusieurs années d'études.

Le président du comité pointe du doigt les responsabilités du gouvernement fédéral et appelle à une hausse des quotas. "On a besoin de former plus de médecins, c'est un geste qui doit venir du gouvernement fédéral" plaide-t-il. De son côté, l'ABSyM estime que la responsabilité vient des régions. Il y a suffisamment de médecins formés chaque année selon Jacques de Toeuf, mais la répartition entre les différentes spécialités n'est pas bonne. Cette situation conduit à une pénurie de médecin généraliste en Wallonie par exemple, poursuit-il. La question de l'examen d'entrée aux études de médecine soulève donc les problématiques plus larges du nombre de praticiens en Belgique.

5 ans d'attente

Afin de limiter l'afflux d'étudiants qui tenteraient leur chance à de nombreuses reprises, la loi impose un délai d'attente de 5 ans en cas d'échec sur deux années académiques consécutives. C'est le cas pour Cagla qui s'était déjà présentée en 2018. La Quaregnonaise devra attendre 2023, un véritable coup dur. "Les études de médecine sont déjà un long cursus et en plus de cela, je vais devoir attendre 4 ans pour pouvoir passer le concours de nouveau. Je suis vraiment déboussolée, je ne sais vraiment pas quoi faire" confie Cagla. Malgré tout déterminée à devenir médecin, elle envisage de suivre des études dans un autre pays. Fille d'ouvriers, elle ne souhaite cependant pas imposer des coûts universitaires trop importants à ses parents.


 

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