En ce moment
 
 

Deux historiens comparent la colonisation belge à un "viol"

Deux historiens comparent la colonisation belge à un "viol"
Photo prise en 1930 au Congo © Isopix
 
 

Deux historiens ont mis lundi en garde les députés de la commission qui se penche sur le passé colonial de la Belgique contre la tentation de trouver des aspects positifs à la colonisation. À leurs yeux, il faut voir ce phénomène comme un ensemble dont le fondement est la violence exercée sur les populations locales.

"À la racine de la colonisation, il y a la violence. C'est un acte qui brise, détruit, ce n'est pas un acte consensuel et je ne pense pas que, même si on remontait dans le temps, on puisse imaginer une meilleure colonisation", a souligné Didier Gondola, professeur à l'Indiana University School, en réponse aux questions de certains députés, soucieux de trouver des "aspects positifs" dans l'administration par la Belgique du Congo, du Rwanda et du Burundi.

"Dans cette optique de vouloir dégager du positif, il y a cette idée que l'étalon serait le côté physique: les routes, l'équipement sanitaire, l'économie, etc. Mais on ne voit pas que du côté des colonisés, ce qui compte, c'est la culture, l'identité qui a été violée. Les routes, d'ailleurs, servaient à acheminer les ressources que l'on avait extraites. Ce serait une posture révisionniste dangereuse et vexante pour les Africains que nous sommes de dire qu'il y a des choses positives et qu'il faut le reconnaître", a-t-il ajouté.

On ne peut pas faire une balance en disant que 70% s'est mal passé mais 30% s'est bien passé

L'historien Guy Vantemsche (VUB) a lui aussi invité les députés à voir le colonialisme comme un tout. "On ne peut pas faire une balance en disant que 70% s'est mal passé mais 30% s'est bien passé. La recherche historique ne fonctionne pas comme ça", a-t-il fait remarquer.

Rejoignant son collègue, il a comparé l'aventure coloniale à un "viol" qui mène dans la société "pénétrée" à des changements où l'on retrouve l'alphabétisation, la santé, etc. "Mais on ne peut pas séparer les deux phénomènes. Il n'y a pas de colonialisme sans violence".


Des travailleurs dans une mine au Congo en 1950 © Archives Belga

L'homme a brossé en quelques traits les fondements du rôle de l'Etat belge, ou plutôt celui des "Etats" depuis Leopold II jusqu'aux indépendances.

L'administration publique faisait une large part aux intérêts privés, qu'ils soient économiques ou religieux. Le nombre de fonctionnaires était particulièrement réduit (8.319 en 1959 contre 11.000 actuellement pour une ville comme celle de Gand). La Force publique, chargée de maintenir l'ordre, était en revanche bien mieux fournie.

Si le rôle social et protecteur de l'Etat a émergé dans les années 1950, les constats restent bien sombres. L'historien a cité les propos d'un conseiller des Affaires étrangères en 1933, Octave Lauwers, et du dernier gouverneur général, Pierre Ryckmans, en 1946. L'un et l'autre dépeignent un système où les populations indigènes sont exploitées et vouées "à la mort précoce", selon M. Ryckmans.

Entre le citoyen et le sujet, il y avait une troisième catégorie, a expliqué M. Gondola: celle du "grand enfant". "Le Congolais est un grand enfant que seul un Etat colonisateur peut dégrossir et sortir de ce statut atavique". À tel point qu'en 1956, alors que des députés ou maires africains sont apparus dans d'autres colonies, les milieux coloniaux belges n'entrevoient la possibilité d'une indépendance que... dans les trente années à venir.


 

Vos commentaires